Pourquoi parler des morsures ?
Parce qu’après avoir entendu l’histoire bouleversante qu’une cliente m’a raconté, je n’ai pas pu rester indifférente. Sa tante a été mordue au visage par un chien, une morsure grave, marquante, traumatisante pour elle et ses proches. Depuis, elle a peur de tous les chiens, incluant le sien. Et cette peur est bien compréhensible. Ce drame soulève une réalité difficile : beaucoup de morsures pourraient être évitées, si on savait mieux reconnaître les signaux d’alerte chez le chien.
Trop souvent, les morsures surviennent dans un contexte banal, avec un chien connu, à la maison ou chez un proche. Des signes d’inconfort ont été mal compris ou étouffés à cause de l’éducation reçue. À force de ne pas être entendus, certains chiens apprennent que grogner ou s’éloigner ne sert à rien. Alors, avec le temps, ils ne passent plus par ces étapes : ils mordent directement.
Il ne faut pas attendre qu’un drame survienne pour s’informer.
La prévention passe par l’éducation, la reconnaissance des signaux d’alerte, le respect du chien et une meilleure compréhension mutuelle.
Ce document a pour mission d’aider toute personne côtoyant des chiens : parents, éducateurs, professionnels, bénévoles, promeneurs, familles, amis… Et d’éviter d’autres histoires comme celle de la tante de ma cliente.
Souvent, un chien qui mord a souffert en silence avant de passer à l’acte, et cette morsure peur bouleverser plusieurs vies, tant celle du propriétaire du chien, la personne qui a été mordue et l’entourage de ceux-ci.
Statistiques sur les morsures de chien
Les morsures de chien représentent un problème de santé publique largement sous-estimé. Pourtant, elles sont souvent évitables et surviennent dans des contextes prévisibles.
Cette sous-estimation s’explique par le fait que beaucoup de morsures ne sont pas déclarées. Les victimes omettent souvent de consulter lorsqu’il s’agit de blessures jugées mineures, ou choisissent de garder le silence par crainte des conséquences pour le chien ou son propriétaire.
De plus, la collecte de données de la santé publique est limitée : dans bien des cas, seules les morsures graves sont recensées, ce qui laisse de côté une grande partie des incidents.
Ainsi, le nombre réel de morsures est bien plus élevé que ce qu’indiquent les rapports officiels.
(Il n’existe pas de statistiques nationales officielles compilées sur les morsures de chien au Canada. Les données proviennent souvent de médias ou extrapolations à partir des taux américains)
En bref
• 80 % des morsures sont causées par le chien de la famille ou d’un proche.
Source : Canadian Veterinary Medical Association (CVMA), 2018
• Environ 500 000 personnes sont mordues chaque année au Canada, dont près de la moitié sont des enfants.
Source : Agence de la santé publique du Canada
• Les enfants âgés de 5 à 9 ans sont les plus à risque d’être mordus.
Source : American Veterinary Medical Association (AVMA)
• La majorité des morsures chez les jeunes enfants se produisent à la tête, au cou et au visage, souvent lorsqu’ils interagissent avec leur propre chien sans supervision.
Source : Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO)
• Environ 86 % des morsures sont évitables si les humains savent reconnaître les signaux de stress ou d’inconfort chez le chien.
Source : Compilation d’experts en comportement canin, notamment Sophia Yin et l’AVSAB (American Veterinary Society of Animal Behavior).
Conséquences psychologiques : Statistiques psychologiques liées aux morsures de chien pour les victimes
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Environ 50 à 70 % des enfants mordus développent des symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT), incluant cauchemars, peur des chiens et anxiété généralisée.
Source : Schalamon et al., 2006. Pediatrics. -
Chez les enfants mordus au visage, le taux de dépression, phobie et isolement social est significativement plus élevé que dans la population générale, même un an après l’événement.
Source : Kahn et al., 2004. Journal of Pediatric Surgery. -
Les adultes mordus peuvent aussi développer un TSPT, particulièrement si la morsure était sévère ou s’il s’agissait d’un chien connu.
Source : Bekker et al., 2020. PLoS ONE.
Et les chiens dans tout ça ?
De nombreux chiens qui mordent sont euthanasiés, même lorsque la morsure aurait pu être évitée grâce à une meilleure compréhension de leurs signaux d’inconfort (ex. grognement, évitement, figement).
Dans certaines juridictions (comme Granby), une morsure grave ou mortelle peut entraîner une euthanasie ordonnée par la municipalité, après enquête et évaluation vétérinaire granby.ca. D’autres villes — Montréal, par exemple — exigent une évaluation comportementale et imposent des mesures coercitives (muselière, enregistrement, permis spécial), sans recourir automatiquement à l’euthanasie Montréal+1.
En vertu de la législation provinciale québécoise, l’euthanasie ne doit pas être systématique. Elle doit être précédée d’une évaluation du comportement proportionnée, tenant compte du contexte de la morsure Québec CDNFédération québécoise des municipalitésadmq.qc.ca.
La CVMA plaide pour des politiques plus équilibrées, favorisant la réadaptation du chien tout en protégeant la sécurité publique cvbc.ca+8veterinairesaucanada.net+8Canadian Veterinary Medical Association+8.
Enfin, les pratiques municipales — en termes d’évaluation, d’application, de signalement — varient grandement, ce qui crée une grande disparité dans la gestion des morsures et la protection du public ResearchGatePMC.
Changer la perception des morsures
Trop souvent, une morsure est perçue comme un geste de violence, de dominance, ou de vengeance. On en conclut rapidement que le chien est dangereux, instable ou imprévisible.
Mais si on changeait de perspective ? Si on voyait la morsure comme le dernier recours d’un être vivant qui n’a pas été entendu ? Un signal extrême, envoyé par un chien qui a essayé, parfois à plusieurs reprises, de dire :
Je suis inconfortable.
J’ai peur.
J’ai mal.
Arrête.
Les chiens ne mordent pas par plaisir. Ils communiquent avec leur corps bien avant d’en arriver là. (Voir la section sur les signaux d’inconforts). Et quand ces signaux sont ignorés, réprimés ou mal interprétés… il ne leur reste parfois que leurs dents.
Changer la perception de la morsure, c’est aussi :
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Arrêter de diaboliser les chiens.
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Cesser de culpabiliser les humains, surtout quand ils n’ont jamais appris à reconnaître les signes.
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Et surtout, former, informer, prévenir.
Parce que prévenir une morsure, c’est protéger un humain… et sauver un chien.

